Blog de Rawa-Marie Pichetto
Écriture spontanée, sans fioritures...

Ce blog est un récit.
Le récit de "personnages en quête d'auteur", comme dirait Pirandello...
Il s'agit de passer l'énergie sous forme de mots et d'images qui eux-mêmes vont pouvoir la recréer à nouveau. C'est toute la difficile alchimie du Verbe et de ses diverses articulations.
Alchimie que l'on trouve au théâtre.
Les planches m'ont appris ce mystère incroyable que l'on trouve dans les mots. Ces mots qui nous touchent, nous caressent, nous procurent du plaisir. Les mots qui parviennent à notre peau, sensuellement parfois. Et nous n'en sortons pas indemnes.
J'emprunte à tout ce monde de la scène - théâtre, cirque, danse, théâtre dansé, etc. - sa magie ; afin qu'il en tombe par-ci et par-là, dans ces mots que je crée, par-ci et par-là...


En contrepartie du "chapeau" de ce blog (la citation de Paul Valéry), je pense à ce poème de Charles Baudelaire dans les Fleurs du Mal :

'Correspondances'
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

mercredi 5 avril 2017

J'ai fait un "plouf" dans les papiers... 15 ans en arrière. 15 ans où je sens enfin l'odeur de la vérité, où je sens toucher, au plein milieu de la profonde douleur, un sens.
De quoi, je ne sais pas encore. Mais je relis, au hasard, des papiers semés par-ci, par-là dans des dossiers en carton dont on avait particulièrement l'art... Un art de l'organisation, bordéliquement efficace! 
Je suis remontée en effet 15 ans en arrière, jusqu'aux sources de ma propre vie...

Tu aimais semer partout des mots, des écritures, des lettres, ... Tu étais un feu d'artifice, une floraison permanente de l'esprit. Le tien, boulimique, insatiable, touchant à tout. Je ne sais pas comment décrire comment tu étais! L'image exacte me manque.

Tu voulais qu'on écrive un livre lors de notre rencontre et après. Presque 500 courriels échangés en moins d'un mois entre toi et moi. Tu étais - et tu es toujours :) - la seule et unique personne que j'ai connue et qui répondait à tout, quasiment tout! Et ça n'a pas changé, même pendant ta maladie... Tu étais un "fou" de l'écriture, de la communication, du partage... J'ai plein de petits textes à toi où tu parles de toi, de ce que tu aimes. Mais il m'est difficile de les mettre sur la Toile, car je voudrais d'abord les protéger.

Tu étais d'une douceur ineffable, vraiment. Je crois que je t'ai mal connu et compris au début ; je t'ai certes senti, mais mal compris. J'étais trop jeune, trop jeune pour pouvoir marcher avec toi sur les pas de ce que tu étais...

J'ai encore un peu de mal à parler de l'épisode de ta mort. Tout ce chemin qu'on a fait avec toi de mai à octobre...

- Lorsque j'écris tout cela, je ne sais plus dans quelle réalité je suis ! C'est très curieux et enivrant comme expérience. Je suis tendrement avec toi, et dans une douceur infinie, mais je sais que je suis aussi dans ma réalité "réelle", là, ici, dans le présent dont les contours m'échappent, car mon cerveau porte ton existence et c'est cela qui me trouble dans cet espace de mélange spatio-temporel de la mémoire et du présent. Tu vis dans ma mémoire et cette vie est bien réelle. Tu es devenu un esprit, Pittoto... Et je te porte le plus fidèlement possible. Afin de te re-créer par mes petits mots, écrits spontanément et sans fioritures, comme je le dis dans le préambule de ce blog : écriture spontanée et sans fioritures. - 

J'écoute depuis quelques jours, une ancienne chanson interprétée par un chanteur égyptien célèbre, qu'a connu la génération de mes parents et que j'ai aimé grâce à eux. Il s'agit de : Abdel Halim Hafez. Décédé depuis longtemps.
Dans cette chanson, on entend :
" Toi, qui m'as figuré la vie comme un poème 
et qui as planté tes blessures dans ma poitrine, et tu as pris toute la patience. 
... Tu me manques. Apprends-moi à ne plus sentir ce sentiment de manque.
Apprends-moi comment les larmes peuvent-elles mourir dans les yeux?" 

J'ai envie de te dire que oui : tu as transformé ma vie en champ de fleurs, de poèmes que tu semais partout. La vie avec toi était belle comme un poème, oui. Dans le sens le plus haut, le plus beau de la poésie. Par ton sourire, ton humour, ta générosité sans fin, et ta tendresse. Malgré toutes les douleurs. Et malgré toutes nos difficultés.
Tu avais cet art du sourire... de la douceur, comme une bonne maman qui malgré la douleur et la fatigue fait sourire un enfant.
Et c'est ce qui t'a miné.
Tu m'as donné trop, trop de toi. Il est de mon devoir de le faire savoir.

Je te laisse là, monsieur Pichetto ! Qui aimais tant apprendre des mots d'autres langues... et qui les disais à tout bout de champ. Ta vivacité ne peut que survivre.

Voici la chanson-poème que j'écoutais la veille de ta mort.
De Marcel Khalifé, chanteur et musicien libanais que je t'avais déjà fait écouter.
" Oummi" = ma mère.
Je t'avais écrit un mail, la veille de ton décès et que je ne t'ai pas envoyé, où je te parlais du mot "Oummi" en arabe...
Tu es mort le lendemain. Un pressentiment m'a empêchée de t'envoyer ce mail.
Le poème-chanson dit :
" Le pain et le café de ma mère me manquent... 
L'enfance grandit en moi, 
J'adore ma vie car si j'en venais à mourir j'aurais honte tellement les larmes de ma mère seraient infinies. "






La prochaine fois, je te parlerai du poème et chanson de Léo Ferré "La mémoire et la mer", que j'ai écoutée pendant deux semaines avant ta mort, et où je pressentais que c'était fini...

"Une mathématique bleue sur cette mer jamais étale
d'où nous remonte peu à peu cette mémoire des étoiles..."
(La Mémoire et la mer).

A bientôt, Pittoto.


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