Blog de Rawa-Marie Pichetto
Écriture spontanée, sans fioritures...

Ce blog est un récit.
Le récit de "personnages en quête d'auteur", comme dirait Pirandello...
Il s'agit de passer l'énergie sous forme de mots et d'images qui eux-mêmes vont pouvoir la recréer à nouveau. C'est toute la difficile alchimie du Verbe et de ses diverses articulations.
Alchimie que l'on trouve au théâtre.
Les planches m'ont appris ce mystère incroyable que l'on trouve dans les mots. Ces mots qui nous touchent, nous caressent, nous procurent du plaisir. Les mots qui parviennent à notre peau, sensuellement parfois. Et nous n'en sortons pas indemnes.
J'emprunte à tout ce monde de la scène - théâtre, cirque, danse, théâtre dansé, etc. - sa magie ; afin qu'il en tombe par-ci et par-là, dans ces mots que je crée, par-ci et par-là...


En contrepartie du "chapeau" de ce blog (la citation de Paul Valéry), je pense à ce poème de Charles Baudelaire dans les Fleurs du Mal :

'Correspondances'
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

jeudi 6 avril 2017

Un papier!

Un papier, un seul, a déclenché l'avalanche de 15, voire 20 ans de vie, dispersés dans des cartons de toutes sortes.
C'est dur de constater à quel point le temps peut, à l'instar de l'action de l'eau sur des rochers, éroder la mémoire!
Je ne me souvenais plus de rien... Toute une vie où je pensais avoir une bonne mémoire, celle des détails, des petits mots, des petits objets que je gardais précieusement lors de mes déplacements et déménagements multiples entre diverses villes et campagnes.
Il fut un temps où mon cerveau se souvenait de tout, savait où se trouvaient les "objets" de ma vie... Moi qui avais transporté mon histoire d'un continent à un autre.
Il fut un temps où je savais où ces figures du passé étaient conservées.
Et il advint un temps où j'ai tout perdu.

Mon histoire devient "une histoire", une histoire de vie jalonnée d'épisodes insolites. Des histoires de vie successives et mélangées les unes aux autres, desquelles j'essaye de sortir un canevas, un sens, une paix, une harmonie, malgré les dimensions tragiques de certaines d'entre elles.
J'ai un regard tendre envers tous ces protagonistes qui ont "joué" leurs propres histoires dans ce grand théâtre grave, et dont je fais partie.

C'est aujourd'hui que j'ai compris l'oubli. Ouvrir une boîte, et revoir ce que nous fûmes et que nous avons totalement oublié!
Oubliés les petits papiers précieux que je semais partout, mes petites écritures incessantes, mes petits calepins...
Oubliés mes enveloppes et souvenirs divers et variés
Oubliées des photos, des lettres précieuses
Oubliée une part entière de ma vie.
Quand j'écris cette dernière phrase, une seule image m'envahit : les décombres, les débris d'immeubles effondrés par une guerre.

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Il a fallu que ta mort vienne couronner tout cela, Pittoto. Sans elle, je n'aurais pas osé arrêter le temps et le remonter.

"Même si j'ai tort, laissez-le moi un peu..." (Edith Piaf, Mon Dieu)

Toute mon histoire est brisée, Pittoto. Et ta mort est venue couronner tout cela. Couronner 5 ans de guerre, de douleurs, de prise de conscience de choses insupportables.
Couronner un chemin où il a fallu que je prenne conscience de la réalité.
Prise de conscience qui a commencé en 2015 lorsque Cabu a été assassiné.
Et lorsque tu es mort.

Tu le sais si bien.

Si je raconte tout cela ici, c'est pour le transformer en "récit", en beauté, si possible. C'est pour sauver la vie qui palpitait si fort en toi, et qui est partie trop tôt, trop vite. 

Lorsqu'on aime une musique, on la réécoute. Et bien, j'aime tant reparler de toi, Pittoto.



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