Blog de Rawa-Marie Pichetto
Écriture spontanée, sans fioritures...

Ce blog est un récit.
Le récit de "personnages en quête d'auteur", comme dirait Pirandello...
Il s'agit de passer l'énergie sous forme de mots et d'images avec toute la difficile alchimie du Verbe et de ses diverses articulations.
Alchimie que l'on trouve au théâtre.
Les planches m'ont appris ce mystère incroyable que l'on trouve dans les mots. Ces mots qui nous touchent, nous caressent, nous procurent du plaisir. Les mots qui parviennent à notre peau, sensuellement parfois. Et nous n'en sortons pas indemnes.
J'emprunte à tout ce monde de la scène - théâtre, cirque, danse, théâtre dansé, ... - sa magie, afin qu'il en tombe par-ci et par-là...


En contrepartie du "chapeau" de ce blog (la citation de Paul Valéry), je pense à ce poème de Charles Baudelaire dans les Fleurs du Mal :

'Correspondances'
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.
Affichage des articles dont le libellé est "La mémoire des étoiles". Afficher tous les articles
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samedi 21 octobre 2017

Pittoto,

Demain 22 octobre 2017, est le souvenir de ton départ de la vie physique. Ton cœur s'est arrêté ce jour-là, et tu es parti... Ton corps a été incinéré le 27 octobre.
Tu me manques Pittoto.
J'ai gardé ton souvenir le plus pur possible, afin de préserver ce que tu as pu faire, ton œuvre, ton esprit.

Il est dur de ne plus pouvoir gloser avec toi tel des marins sans cesse ivres d'embrun, comme tu me l'as écrit un jour lorsque tu parlais de notre propension à cette parole infinie, et tu as employé cette image des 'marins ivres d'embrun', que j'avais trouvée très belle, et pleine de cette poésie succincte dont tu étais capable parfois, ayant une âme de poète discret...
Je continue à sentir ton cœur qui m'a tant donné, qui a arrosé ma vie malgré toutes les douleurs, et les tiennes surtout.

J'ai toujours envie de croire aux esprits après la mort pour penser que tu es quelque part parmi nous.

Quelques jours avant ton décès, j'écoutais cette chanson-poème de Mahmoud Darwich, un poète palestinien, interprétée par Marcel Khalifé.
"J'ai la nostalgie du pain et du café de ma mère... L'enfance grandit en moi jour après jour, et j'adore ma vie car si je venais à mourir j'aurais honte des larmes de ma mère..."
J'étais imprégnée de ces mots avant ta mort, comme si je t'accompagnais doucement dans ce voyage que tu ne craignais pas, je le sais car tu me l'avais déjà dit plusieurs fois. Tu n'avais pas peur de mourir.

Je garde en moi cette " jeune branche de la fidélité " (d'un autre poème de Darwich qui s'appelle : La plus belle des mères et qui dit :
La plus belle des mères est celle qui avait attendu son fils,
Et il est rentré martyr
Alors elle a pleuré : deux larmes et une rose
Et ne s'est pas isolée dans les habits du deuil.
Nous résistons ici à côté de ces énormes débris,
Dans le cœur, cette jeune branche de la fidélité.)

Je garde cette "branche de la fidélité" Pittoto, car tu m'as donné beaucoup et aucun mot pour l'instant ne peut quantifier et qualifier cet héritage que j'épure et travaille petit-à-petit... 

Repose-toi en paix.

mercredi 5 avril 2017

J'ai fait un "plouf" dans les papiers... 15 ans en arrière. 15 ans où je sens enfin l'odeur de la vérité, où je sens toucher, au plein milieu de la profonde douleur, un sens.
De quoi, je ne sais pas encore. Mais je relis, au hasard, des papiers semés par-ci, par-là dans des dossiers en carton dont on avait particulièrement l'art... Un art de l'organisation, bordéliquement efficace! 
Je suis remontée en effet 15 ans en arrière, jusqu'aux sources de ma propre vie...

Tu aimais semer partout des mots, des écritures, des lettres, ... Tu étais un feu d'artifice, une floraison permanente de l'esprit. Le tien, boulimique, insatiable, touchant à tout. Je ne sais pas comment décrire comment tu étais! L'image exacte me manque.

Tu voulais qu'on écrive un livre lors de notre rencontre et après. Presque 500 courriels échangés en moins d'un mois entre toi et moi. Tu étais - et tu es toujours :) - la seule et unique personne que j'ai connue et qui répondait à tout, quasiment tout! Et ça n'a pas changé, même pendant ta maladie... Tu étais un "fou" de l'écriture, de la communication, du partage... J'ai plein de petits textes à toi où tu parles de toi, de ce que tu aimes. Mais il m'est difficile de les mettre sur la Toile, car je voudrais d'abord les protéger.

Tu étais d'une douceur ineffable, vraiment. Je crois que je t'ai mal connu et compris au début ; je t'ai certes senti, mais mal compris. J'étais trop jeune, trop jeune pour pouvoir marcher avec toi sur les pas de ce que tu étais...

J'ai encore un peu de mal à parler de l'épisode de ta mort. Tout ce chemin qu'on a fait avec toi de mai à octobre...

- Lorsque j'écris tout cela, je ne sais plus dans quelle réalité je suis ! C'est très curieux et enivrant comme expérience. Je suis tendrement avec toi, et dans une douceur infinie, mais je sais que je suis aussi dans ma réalité "réelle", là, ici, dans le présent dont les contours m'échappent, car mon cerveau porte ton existence et c'est cela qui me trouble dans cet espace de mélange spatio-temporel de la mémoire et du présent. Tu vis dans ma mémoire et cette vie est bien réelle. Tu es devenu un esprit, Pittoto... Et je te porte le plus fidèlement possible. Afin de te re-créer par mes petits mots, écrits spontanément et sans fioritures, comme je le dis dans le préambule de ce blog : écriture spontanée et sans fioritures. - 

J'écoute depuis quelques jours, une ancienne chanson interprétée par un chanteur égyptien célèbre, qu'a connu la génération de mes parents et que j'ai aimé grâce à eux. Il s'agit de : Abdel Halim Hafez. Décédé depuis longtemps.
Dans cette chanson, on entend :
" Toi, qui m'as figuré la vie comme un poème 
et qui as planté tes blessures dans ma poitrine, et tu as pris toute la patience. 
... Tu me manques. Apprends-moi à ne plus sentir ce sentiment de manque.
Apprends-moi comment les larmes peuvent-elles mourir dans les yeux?" 

J'ai envie de te dire que oui : tu as transformé ma vie en champ de fleurs, de poèmes que tu semais partout. La vie avec toi était belle comme un poème, oui. Dans le sens le plus haut, le plus beau de la poésie. Par ton sourire, ton humour, ta générosité sans fin, et ta tendresse. Malgré toutes les douleurs. Et malgré toutes nos difficultés.
Tu avais cet art du sourire... de la douceur, comme une bonne maman qui malgré la douleur et la fatigue fait sourire un enfant.
Et c'est ce qui t'a miné.
Tu m'as donné trop, trop de toi. Il est de mon devoir de le faire savoir.

Je te laisse là, monsieur Pichetto ! Qui aimais tant apprendre des mots d'autres langues... et qui les disais à tout bout de champ. Ta vivacité ne peut que survivre.

Voici la chanson-poème que j'écoutais la veille de ta mort.
De Marcel Khalifé, chanteur et musicien libanais que je t'avais déjà fait écouter.
" Oummi" = ma mère.
Je t'avais écrit un mail, la veille de ton décès et que je ne t'ai pas envoyé, où je te parlais du mot "Oummi" en arabe...
Tu es mort le lendemain. Un pressentiment m'a empêchée de t'envoyer ce mail.
Le poème-chanson dit :
" Le pain et le café de ma mère me manquent... 
L'enfance grandit en moi, 
J'adore ma vie car si j'en venais à mourir j'aurais honte tellement les larmes de ma mère seraient infinies. "






La prochaine fois, je te parlerai du poème et chanson de Léo Ferré "La mémoire et la mer", que j'ai écoutée pendant deux semaines avant ta mort, et où je pressentais que c'était fini...

"Une mathématique bleue sur cette mer jamais étale
d'où nous remonte peu à peu cette mémoire des étoiles..."
(La Mémoire et la mer).

A bientôt, Pittoto.


mardi 4 avril 2017

Très curieux... Tu es présent dans ma tête depuis quelques jours d'une manière constante, douce et agréable. Tu es là, je te sens presque.

Je voyage avec toi ou tu voyages avec moi, dans mon esprit, je ne sais comment le dire! Je t'accompagne par des chansons et des musiques qui elles-mêmes m'accompagnent depuis longtemps et sur lesquelles je pose mes errances, mes tristesses les plus profondes, et je crie de l'intérieur.
Je t'ai accompagné pendant ta mort, mais tu ne le savais pas.
Lorsque je t'écris, comme maintenant, tu es vivant et la mort ne t'a pas atteint, tu es là avec ton sourire doux et apaisant.
Je t'entends me parler, ou répondre à mes mails.
J'ai plein de choses à te dire, à écrire, mais il y en a eu tellement ces derniers jours que mon cerveau n'arrive pas à synthétiser... 

C'est la première fois, depuis ta mort, que je te revois dans ma mémoire sous une image apaisée. Tu es .... apaisé. Est-ce vrai ?
C'est "beau" ce délire de l'esprit.

J'ai envie de t'écrire ce soir avec beaucoup de tendresse.

Je relis des mots à toi semés partout, y compris dans la Toile. C'est saisissant. Mais je n'ai pas la force ce soir de les mettre en exergue. J'ai envie de tout rassembler et en faire un joli bouquet, afin de te rendre une infime partie de ce que tu m'as donné et donné aux autres...

C'est mon seul espoir : celui de te rendre vivant, malgré la mort, les multiples morts... malgré les distances, les abîmes, les gens qui nous manquent, les douleurs infinies, ... j'ai envie de vaincre la mort par la mémoire.
Que ton souvenir se répande partout, telles ces étoiles dont tu as tant parlé.
J'ai envie que chacun garde de toi cette image de la tendresse que tu as donnée à tout le monde. Un sourire ineffable que mon cœur qui t'a connu longtemps sait sentir.

J'écoute en t'écrivant cette musique tirée d'une pièce de Pina Bausch.
Le morceau s'appelle La Prima vez. 



Ps : je te raconterai, après, avec quelles musiques je t'ai accompagné avant et pendant ta mort...

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Et là, en ce moment, je te sens revivre...

Les gens qui liraient ces mots penseraient que je délire. C'est un chemin, pour remonter le passé, te faire réapparaître à la surface. Je sais que ton corps n'est plus là, mais ton esprit est là. Puisque je suis encore capable de te parler, t'écrire. Je parle à cet esprit... que tu as tant diffusé autour de moi.




dimanche 12 mars 2017

A Bernard,
le compagnon passant, une fraternité sans fin 

Oui ! ça fait un bail que je ne t'ai pas écrit ni pensé à toi dans le même esprit avec lequel je pensais à toi juste après ta mort. Je ne pouvais plus.
Le hasard des choses a fait qu'aujourd'hui j'ai relu 3 ou 4 échanges de courriels de l'année dernière, quelques mois avant ta maladie.
J'ai retrouvé ton esprit immédiatement. C'est très fort cette magie.
J'ai retrouvé tes moqueries gentilles lorsque je te demandais éternellement des conseils, et te confiais mes problèmes. Tu me disais intelligemment beaucoup de choses. Avec cet esprit vif et percutant que tu avais.

Je ne pouvais plus penser à toi comme ça car ça me faisait mal. Ton absence a pris le dessus sur tout. J'ai plongé profondément dans le choc de ta mort, un choc qui est survenu bien après. J'ai réalisé à quel point tu n'étais plus là...
Je me suis anesthésiée physiquement et psychologiquement durant ces derniers mois pour tenir le coup, pour pouvoir dormir. Car j'avais perdu le sommeil après ta mort. J'avais peur de tout, souffrant également de phénomènes physiques douloureux qui se sont focalisés sur mon cœur. Mon cœur ne battait plus comme avant. Et c'est pas au sens figuré, mais réel.
Mon cœur me disait qu'il n'en pouvait plus ; il est devenu anarchique.

J'ai souvent pensé à toi et à ton cœur qui s'est arrêté. Souvent pensé à cet instant que tu as vécu. C'est la première fois que je réalise ce que c'est un cœur... J'ai beaucoup pensé à toi.

Lorsque je lis tes mots, cela me donne de l'oxygène. Oxygène qui me manque. L'oxygène de la pensée, de la parole intelligente ; l'oxygène de la voix, de la communication.

Je ne peux pas parler de toi autour de moi. Personne de ceux qui t'ont aimé et bien connu n'est à mes côtés pour partager une parole bienveillante à ton égard.

Je suis obligée de garder tout pour moi ; te parler "en secret" sur un blog public... Je suis consciente de cet acte de parole ouverte et un peu dérobée.
Mais depuis ta mort, je n'ai pu faire de deuil. Même ta mort m'a été interdite.

Je fais semblant depuis. Je fais semblant dans ma vie privée et sociale. Une mort est passée par là, mais touuuut vaaa bien ! Je souris, je ris, je suis active, etc.
Les gens me font comprendre indirectement qu'il ne faut surtout pas parler de choses qui fâchent. Il faut, soit aller voir un psy et prendre des cachets pour "être bien", soit rester dans son coin. Mais surtout pas montrer que nous vivons un deuil ! Oh là là ! Tu comprends, le culte du bonheur !

Sauf qu'un deuil c'est une confrontation directe avec la mort. Cette absence éternelle, ce silence assourdissant. Le vide.

Je ne peux pas facilement parler de toi non plus, car plus aucune légitimité réelle n'était restée entre nous. Puisque la période avant ton décès a été entourée d'une folie relationnelle dont j'ai payé les frais les plus chers.
Pour la première fois de toute ma vie j'ai été insultée publiquement (pour l'instant je ne te dis pas où...).
Etc. etc. Que dis-je ? Je n'ai la preuve de rien, à part être témoin d'une courbe affective complètement irrationnelle !
Les mots nous tuent comme ils peuvent nous sauver. Sur ce coup-ci, ils étaient mal utilisés et mal interprétés. J'ai tenté le recours à la raison, c'était trop tard.

Je te laisse un peu maintenant. Je reviendrais peut-être te parler de la France et la période des élections présidentielles, mais il faut que j'arrête d'abord d'en "vomir" pour pouvoir en parler.
Tu es mieux là où tu es sans doute! Nous sommes dans la merde.

-- Oh tiens, avant de quitter :  j'ai pensé à toi en écoutant ce morceau de Dave Brubeck : Take Five :)



A ciao et fraternité :)






jeudi 12 janvier 2017


12 janvier 2017

Ça fait longtemps que je n'écris plus rien… Je survole – très rapidement – tout. Je suis devenue une machine… Je réfléchis moins qu'avant ; je fonce.

Les jours passent depuis le 22 octobre 2016, le jour où ton cœur s'est arrêté. J'ai franchi de différents paliers depuis ton départ… Entre une sorte d' « ivresse » psychologique due au choc de cette annonce « surréaliste »… et un atterrissage dur dans la réalité où effectivement tu n'es plus là.

Là, lorsque j'écris, je te parle en fait. Mais j'ai beaucoup de mal à avaler le fait que tu ne sois plus là… Après ton décès, j'étais rentrée dans un état de presque « croire » que ton « esprit » était là… Je ne sais pas pourquoi ! Ça m'a perturbée profondément, d'autant plus que je ne suis pas croyante…

Puis, cette connexion s'est arrêtée. Mais tu es là partout, dans mon histoire, ma vie, mon identité.

Cette identité après laquelle je cours depuis des années… cherchant à redéfinir les mots, à leur trouver un véritable sens. Car le sens s'est dispersé.

Ce que je voudrais définir c'est à quel point la vie est en dehors du langage… y compris ce que nous sommes.
- -

Ma mémoire, malgré tout, arrive à retrouver ton sourire et ta vivacité. J'aime beaucoup parler de toi tellement la vie palpitait en toi Senior Pichetto ! Et tu étais presqu'un être dansant dans l'âme !

Je viens de découvrir la voix d'une chanteuse que je ne connaissais pas : Dorsaf Hamdani. Elle a fait un CD rassemblant les chansons de Barbara et de Fairouz qu'elle interprète ! Rien que ça… Tu aurais aimé, j'en suis sûre. Il faut croire que cette musique me met de bonne humeur…

Si au moins tu avais une tombe, je serais venue te raconter cela de vive voix !

A défaut, je le fais ici. C'est peut-être mieux, car ça permet de partager… « le pain de l'amitié ».

Bonne soirée Pittoto… 




mardi 22 novembre 2016

Conversation à ciel étoilé - 2 
Pour la mémoire de Bernard Pichetto   
 
Naissance

Pittoto *,
Ça fait longtemps que je ne t'ai pas écrit! Mon inspiration s'est barrée d'un coup de vent. Un vent qui a "soufflé" un peu fort là-bas, dans cette maison où on** a vécu tant de choses.
** On = cette bande d'amis que nous étions, partageant comme disait l'un d'entre nous : partageant nos solitudes. Nous partagions aussi l'amitié, le pain et la bonne humeur malgré tes douleurs et les miennes, malgré la situation, à cette époque-là, d'une relation difficile à définir : mélange d'amitié, de fraternité et de grande affection. 
Je suis revenue dans ton ancienne bibliothèque où des rayonnages longs s'étalent sur des lits de poussière - pour faire l'image à l'envers! En réalité, ce sont les livres qui sont couverts de poussière, d'un temps qui est passé, sans vraiment passer. Un temps arrêté comme une pendule qui ne marche plus.
Je n'aime pas les pendules qui ne marchent plus.

Il est difficile de te savoir loin. Car je sais que tu es loin. Je t'écris pour réanimer ton esprit qui ne peut pas mourir. Mais des fois, le souffle me manque.
Tu sais bien que j'ai des problèmes de souffle... depuis ma toute petite enfance. Le souffle coupé ... de ce monde épuisant.
Il faut toujours réanimer la flamme, porter ce petit feu tout doux (ce terme " tout doux" était ton terme préféré à un moment donné.) Tu m'as appris ce souffle doux qui apaise. Comme la lumière d'une bougie.

Demain, 23 novembre, c'est ton anniversaire de naissance.
Tu n'as jamais aimé les dates et tu ne retenais que très peu les dates d'anniversaires.
Lou, ce dimanche au marché, a pris un petit bouquet de fleurs. Elle m'a dit : c'est pour Pittoto. Rien à voir avec ton anniversaire car je ne lui en avais pas parlé. Mais il y a un bouquet de fleurs qui t'est dédié dans l'appartement, celui que tu n'as pas connu et que tu aurais certainement aimé. Mais tu es avec nous. C'est ça qui me fait chaud au cœur. Ta présence virtuelle, ton esprit qui reste avec nous et dans notre mémoire malgré l’extinction de ta voix, qui était mélange de chaleur, sourire, affection, humour, et gentillesse. Voix très chaleureuse et enveloppante, avec une tessiture importante (c'est toi qui m'as appris ce mot "tessiture") lorsque je découvrais avec toi certains interprètes du chant baroque.

Je dois m'habituer à ce type de silence que tu as choisi. C'est pas facile. J'aimerais tant croire à la vie après la mort pour te sentir.
J'ai enfin compris ton terme répété pendant 15 ans : je sème. Oui, tu semais et je ne le réalisais pas bien. Maintenant je comprends.
Mais avec moi tu n'étais pas patient et tu voulais que j'avance plus vite que je ne le pouvais... Moi qui respire mal. J'aimerais bien arrêter de "courir" au fond de moi et juste être. Mais je vais être contre-courant. Le monde court et nous devenons tous "speed", car il faut y aller, car on n'a pas le temps...
Le Temps va nous rattraper tous pour nous apprendre à vivre!
Voudrais-tu que je te raconte les dernières nouvelles de la primaire de la droite en France ? Je crois que tu ne  veux pas, car tu sais déjà où on va.
Nous sommes à une époque où les électeurs de gauche votent dans les primaires de droite pour écarter des candidats peu "amènes" dont celui qui nous a gouvernés de 2007 à 2012.
Les élections de 2017 vont être sans doute et quel que soit le candidat, la réalisation de ce qu'on a évité en 2002 en votant "utile". Le vote utile nous conduit vers le non-vote.

On trinque à l'occasion de ton anniv' demain ? :)
Bon anniversaire Pittoto

* Pittoto = dérivé enfantin de Pichetto 




samedi 12 novembre 2016

Conversations à ciel étoilé
Toujours pour la mémoire de Bernard Pichetto  

11 novembre 2016

Léonard Cohen** est décédé aujourd'hui Pittoto* ! 82 ans… C'est curieux cette coïncidence ! Il est mort quelques jours après l'élection de Trump aux US !
Je sais ce que tu aurais dit à propos de cette élection… toi qui voyais l'Occident partir à vau l'eau depuis longtemps… Cela ne t'aurait point étonné !
Nous allons mal ; ce monde est fatigué. On en a souvent parlé par mails ces deux dernières années, depuis l'attentat de Charlie Hebdo.
(* "Pittoto" = dérivé enfantin de "Pichetto") 

** Tu n'étais pas très « fan » de Léonard (comme je l'appelais). Son rythme ne correspondait pas à ton côté virevoltant. C'étaient des musiques comme les partitas de Bach - entre autres ! - notamment interprétés par Glenn Gould que tu aimais beaucoup, ce genre de musique où une quintessence subsiste dans les sons, où on a l'impression d'écouter un esprit pur transformé en sons.
Tu aimais beaucoup Vivaldi qui épousait parfaitement ta célérité, ton esprit vif…
Mais l’œuvre dont tu parlais le plus (tu avais presque toutes les interprétations), c'était les Stabat Mater.
Tu avais un goût très éclectique concernant la « zique » (tu disais ce mot quand tu parlais le langage « jeune » toi qui savais imiter beaucoup d'accents et de parlers…). Ta play-list était tellement variée que parfois on pouvait y entendre des choses vraiment drôles et inattendues…
La musique t'inspirait le rythme de tes mots, à l'époque où les « rêves » étaient possibles encore…

- Quand je t'écris, je vois ton sourire et ta « légèreté », cet air qui passe en douceur enrobé du sourire… un être peu pesant et dense en même temps. Nous en avions parlé une fois : la légèreté de la densité, mais il faut que je retrouve cette correspondance.

La mort de Léonard Cohen m'a laissé un sentiment « calme ». Et tu sais combien je l'aime et aime sa musique qui respire d'un rythme qui épouse ma tendance aux rythmes calmes et tranquilles, qui ressemblent aux mouvements d'une mer calme.
Je n'ai pas senti de « choc » particulier, car je vois la mort d'une autre manière maintenant, comme si cette « inconnue » commence à me devenir un peu familière… source de « silence » particulier, celui des mortels. Lorsque la parole, diffuse, s'arrête, pour laisser la place à l' « esprit » pour actionner son alchimie nécessaire à la « vraie parole », celle ciselée, travaillée, silencieuse et calme.

L'esprit ne meurt pas. C'est le support qui change. A nous de le saisir « au vol » et porter le flambeau.
Nourrir cette flamme. Que je sens paisiblement quand je pense à toi ou, comme l'occasion le permet, quand je pense à la musique d'un Léonard Cohen, et la poésie délicate qu'il a écrite.

12 novembre 2016


- Je viens de lire une info qui m'a fait sourire, je ne sais pas pourquoi : «  La plus grande super Lune du siècle aura lieu le 14 novembre » :
«  Il va se produire ce lundi 14 novembre un phénomène appelé "super Lune". Cela signifie la concomitance de deux phénomènes astronomiques : la phase de pleine Lune presque au moment où l'astre, dont l'orbite est elliptique, est au plus près de la Terre. Elle nous apparaît donc plus grande et plus brillante que la normale. » 
http://france3-regions.francetvinfo.fr/poitou-charentes/plus-grande-super-lune-du-siecle-aura-lieu-14-novembre-1128827.html

Cela fait 70 ans que ce phénomène ne s'est pas produit !

Le mois de novembre est le mois de ta naissance… ! :)

Mes élucubrations prennent fin ce soir, la veille du 13 novembre 2016 : un an jour pour jour depuis les attentats au Bataclan ! J'étais assise derrière mon ordi lorsque successivement je voyais les infos passer… Mon évier était bouché : au même moment où je voyais les saletés sortir de l'évier, je lisais les infos du Bataclan… Ce soir-là a été lié à jamais dans ma tête à l'image d'une société humaine générale, où les saletés débordent de partout. Aujourd'hui l'image se reconfirme.
On a eu un long échange via la messagerie de facebook où je t'avais écrit mes impressions après le choc, et tu m'as répondu avec ta même vision de ce monde fracturé… et en me disant à la fin d'une réponse : « Oui, vous êtes dans la merde ». Tu t'étais déjà retiré du « jeu »

Bonne nuit ! 












dimanche 6 novembre 2016

Pour la mémoire de Bernard Pichetto
 
-
Cette Musique que tu aimais tant...

- 3 novembre 2016 -
Tu rentrais de tes réunions nocturnes vitre de la voiture ouverte sur des routes de campagne entre deux villages d'une région française habituée à un autre type de musique et une autre culture, et tu mettais Fairouz* à fond... toi le vieux charentais comme tu disais...
Tu ne comprenais pas pourquoi la musique orientale te parlait profondément! Tu allais jusqu'à élucubrer sur d'éventuelles origines "génétiques" communes entre toi et moi puisque tu avais des origines italiennes directes par ton père et que tu avais des envolées imaginaires dignes des "fous" de la science. 
Ton imagination était très fertile... trop parfois et tu créais à tout bout de champ.
Tu aimais presque inventer, ré-écrire les choses.... et Transmettre. 
Tu me disais des choses que je ne comprenais pas parfois... A 29 ans trempée dans les lettres et les rêves de mon avenir incertain..., je ne comprenais pas ta physique quantique et ta philosophie. Mais tu m'attirais comme un astre, moi qui suis les maîtres comme un disciple en quête de chemin.

Je lis le chemin comme un livre et il est fort et douloureux.

Qu'as-tu voulu dire par ta disparition!

Tu n'avais jamais eu peur de la mort. Tu me le disais souvent... 

*(Chanteuse libanaise très connue).


- 6 novembre 2016 -
A qui je vais écrire mes élucubrations ?
Par exemple une musique dénichée ici ou là et la partager avec toi ?
(Généralement tu m'envoyais des liens YouTube de musique que tu écoutais en fin de nuit. Des fois du classique et parfois ta musique de "ouf"! 
- D'ailleurs Sébastien ne comprenait pas comment tu écoutais ce type de "zique").
Tu étais plein de vie signore Pichetto! Plein d'humour. 
Par exemple, lors d'un courriel où je m'inquiétais de ta santé à propos d'un détail sur le plan de tes analyses, tu m'a répondu alors : « t'inquiète cacahuète » ☺
Tu avais ce genre de phrases drôles, légères, malgré la gravité... Des phrases qui laissent un sourire dans le cœur. Un sourire qui irradie jusqu'à maintenant.

J'écoute Lucas Debargue** Pittoto, que Sébastien m'a fait découvrir. Un jeune pianiste virtuose que tu aurais adoré. On t'a fait une copie de son premier disque cet été mais je ne sais pas si tu as eu le temps de découvrir ce garçon passionné et atypique. Je t'en parlerai plus tard, car ça mérite une page à lui seul !!
Vers fin avril, quelques semaines avant ton diagnostic, je t'écrivais inquiète de toi. Et à la fin de ton mail, tu m'as écrit ceci :
«  Et oui, je ne sais pas quand j'aurais le temps de discuter des heures... Tu apprendras à faire tourner les tables !!! ».
J'apprendrais à faire tourner les tables pour te « parler »... Moi l'athée, rationnelle... j'ai très envie de parler aux « esprits », pour te retrouver, mais pas que ! Pour te recréer, te ressusciter. Il est trop injuste que tu meures de cette mort brutale, cette maladie qui t'a miné et que tu as affrontée courageusement.
Tu avais tant à dire et à faire... Et je sens ce cœur qui bat encore en moi et qui parle de toi, pour toi, après tant d'années où je n'ai pu rien faire pour t'aider... 


** Lucas Debargue, interprète la sonate en La Majeur de Domenico Scarlatti sur France Musique (avril 2016)