Blog de Rawa-Marie Pichetto
Écriture spontanée, sans fioritures...

Ce blog est un récit.
Le récit de "personnages en quête d'auteur", comme dirait Pirandello...
Il s'agit de passer l'énergie sous forme de mots et d'images qui eux-mêmes vont pouvoir la recréer à nouveau. C'est toute la difficile alchimie du Verbe et de ses diverses articulations.
Alchimie que l'on trouve au théâtre.
Les planches m'ont appris ce mystère incroyable que l'on trouve dans les mots. Ces mots qui nous touchent, nous caressent, nous procurent du plaisir. Les mots qui parviennent à notre peau, sensuellement parfois. Et nous n'en sortons pas indemnes.
J'emprunte à tout ce monde de la scène - théâtre, cirque, danse, théâtre dansé, etc. - sa magie ; afin qu'il en tombe par-ci et par-là, dans ces mots que je crée, par-ci et par-là...


En contrepartie du "chapeau" de ce blog (la citation de Paul Valéry), je pense à ce poème de Charles Baudelaire dans les Fleurs du Mal :

'Correspondances'
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

samedi 21 avril 2018

Soleil Levant 

Pittoto,

Je t'ai vu dans mon rêve cette nuit.
Tu es venu me raconter je ne sais quoi... Tu étais souriant, plein de vie, plein d'un-je-ne-sais-quoi qui te caractérisait : cette chaleur qui émanait de toi lorsque tu allais bien. Une chaleur douce, abondante, irradiante. Tels ces moments d'été où à l'ombre, on recueille la douce fraîcheur mêlée à la chaleur estivale réchauffante.

Tu racontais des choses sans doute, toujours aussi chaleureusement, aussi abondamment.

Ces mots : abondance, chaleur, sont le champ sémantique qui m'habite lorsque je pense à ton image dans mon rêve.

Et il y avait dans le rêve - bien-sûr!- la cuisine! Il y avait des histoires de préparations culinaires, d'ingrédients, de je ne sais quoi...

Je n'ai plus envie de t'écrire : 'repose-toi en paix', car tu es à nouveau "vivant". Comment? Je ne sais pas. Et c'est ce qui me trouble. Tu es là quelque part...
Ton esprit est là, vivant parmi nous, que l'on soit croyant ou pas. Tu es là quelque part et je te Vois. Je te sens.

La pousse a pris, cette "jeune branche de la fidélité", dont je parlais dans mon dernier mot que je t'écrivais après ta mort...

Tu avais écrit un jour, dans ce magnifique texte que tu avais appelé "Vire la haine" ceci :
" Je voudrais simplement vous dire que quand le soleil se couche pour moi, il se lève pour un autre, quand un Mozart se joue, son génie, sa transcendante fraternité est perçue de tous les peuples, quand un oignon rissole dans quelque huile que ce soit, l'appétit vient au monde entier. " 

(Bernard Pichetto - 2002 *)

J'ai sorti des pots d'épices du "vieux placard" où tu avais rangé des choses, marquant avec ta minutie habituelle (mêlée à ta "désinvolture" scripturale puisque tu écrivais vite et dans le désordre, mais tu étais capable d'une minutie absolue aussi), le nom de l'épice. Il arrivait souvent que cela provienne d'Alep, de chez ma mère.

"Cumin d'Alep"... : vieux pot que tu avais étiqueté il y a plus de 8 ans je pense et que j'ai réouvert hier..

Ces odeurs d'oignon, d'épices, d'ail, de citron, etc., embaument la cuisine de suaves fragrances : je viens de faire un "hommoss" (et non un "houmous" comme on écrit en français).

Je te re-dédie cette chanson de Marcel Khalifé : " La plus belle des mères":
"La plus belle des mères est celle qui avait attendu son fils,

Et il est rentré martyr 
Alors elle a pleuré : deux larmes et une rose
Et ne s'est pas isolée dans les habits du deuil. 
Nous ne reculerons pas, nous défendrons notre amour de ces montagnes qui se sont abreuvées de son âme, et qui se sont recouvertes d'arbres
coulant vers l'été des champs.
Nous résistons ici à côté de ces énormes débris, 
Et dans le cœur, cette jeune branche de la fidélité."



A toi Pittoto! Au nom de tout ce que tu as disséminé partout! Dans ces champs visibles et invisibles où une lumière, tellement pleine, réchauffante, enveloppante, et radiante, brille! 

Prends soin de toi.

* voir le blog de Bernard Pichetto.

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